Le paradoxe observé depuis plusieurs mois s’est poursuivi en septembre : malgré les tensions géopolitiques, les incertitudes budgétaires et un léger ralentissement du marché de l’emploi aux États-Unis, les marchés boursiers ont continué leur progression vers de nouveaux sommets. Les investisseurs sont restés confiants, soutenus par la capacité d’adaptation des entreprises, la baisse des taux directeurs de la banque centrale américaine et l’enthousiasme autour de l’intelligence artificielle. Cependant, la prudence reste de mise. Les valorisations, en particulier aux États-Unis, se situent actuellement à des niveaux élevés, ce qui rend les marchés plus vulnérables en cas de mauvaises nouvelles. Nous maintenons donc une approche tactiquement prudente et diversifiée sur les actions, tout en considérant les éventuels replis de marché comme des opportunités d’investissement.
Le mois de septembre a marqué la baisse de taux de 25 points de base décidée par la banque centrale américaine. Celle-ci doit aujourd’hui relever un défi de taille : maîtriser une inflation qui reste tenace, accentuée par les nouveaux droits de douane, tout en accompagnant une économie et un marché de l’emploi qui montrent des signes de ralentissement. Les gouverneurs devront donc trouver un équilibre délicat dans les mois à venir afin d’ajuster leur politique monétaire sans fragiliser la croissance. Il ne s’agit pas encore d’un véritable changement de cap, ce qui devrait continuer de retenir l’attention des investisseurs dans les prochaines semaines. Cette réduction des taux directeurs aux États-Unis s’inscrit d’ailleurs dans la lignée d’une approche plus souple déjà mise en place en Europe. L’impact est visible sur la courbe des taux : les rendements à court terme ont reculé, limitant les opportunités. Dans ce contexte, les investisseurs sont désormais incités à se tourner vers des maturités plus longues sur la courbe des taux, afin de bénéficier de rendements potentiellement plus élevés.
Le déficit budgétaire américain continue de se creuser, atteignant des niveaux de plus en plus difficiles à soutenir. Les nouvelles taxes douanières devraient certes contribuer à réduire partiellement ce déséquilibre, mais les importantes dépenses publiques prévues, notamment pour stimuler l’économie à travers des investissements et des baisses d’impôts ciblées, entretiennent cette dynamique déficitaire. Ce niveau de déficit, qui ne concerne pas uniquement les États-Unis, se reflète également sur les marchés obligataires. Les taux à long terme, et en particulier ceux à 30 ans, ont récemment atteint des niveaux proches de ceux observés lors de la crise financière de 2009 avec des investisseurs exigeant une prime de risque plus élevée pour détenir de la dette souveraine américaine. Beaucoup d’investisseurs institutionnels cherchent à diversifier leurs portefeuilles vers d’autres classes d’actifs, notamment l’or. La Chine, mais aussi plusieurs banques centrales de pays émergents, ont amorcé depuis plusieurs mois un mouvement de dédollarisation, en replaçant les bons du Trésor américains par des réserves d’or. Cet engouement a poussé le prix du métal jaune vers de nouveaux sommets, une tendance qui pourrait se poursuivre compte tenu des incertitudes persistantes sur les marchés financiers et de l’attrait durable des investisseurs pour cette valeur refuge.
Cet engouement pour l’or n’a pas empêché les investisseurs de maintenir leur préférence pour les actions, en particulier les valeurs technologiques américaines. En septembre, ces dernières ont poursuivi leur progression, atteignant des niveaux de valorisation comparables à ceux observés lors de la bulle internet des années 2000. Une question se pose dès lors : les investisseurs ne seraient-ils pas trop optimistes quant au potentiel de l’intelligence artificielle ? De nombreuses entreprises investissent massivement dans ce domaine dans l’espoir de capter une part importante d’un marché en pleine expansion. Cependant, cette course à l’investissement comporte un risque de surinvestissement, d’autant qu’il reste difficile d’évaluer à quelle vitesse les entreprises pourront continuer à améliorer leurs modèles liés à ces nouvelles technologies.
Aujourd’hui, la construction d’un portefeuille doit tenir compte de nouvelles réalités, comme les tensions géopolitiques croissantes et la forte concentration des marchés actions, surtout dans les secteurs liés aux nouvelles technologies. Investir dans des actions internationales, en particulier dans les pays émergents, peut offrir une diversification intéressante pour le portefeuille. Même si la situation économique ou politique reste parfois incertaine, notamment en Chine, où les mesures de relance sont presque épuisées, le contexte économique global pour les pays émergents s’est amélioré.
Même si certaines classes d’actifs, régions ou secteurs offrent aujourd’hui moins de potentiel, nous restons investis, sur base des principes de diversification et d’actifs de qualité. Cela nous permet à la fois de profiter de la bonne performance des marchés et de protéger au mieux les portefeuilles de nos clients. Le niveau de liquidités que nous maintenons dans le portefeuille nous donne également la flexibilité de saisir des opportunités si les valorisations revenaient à des niveaux plus « normaux ».
Transactions
En septembre, nous avons ajusté notre portefeuille modèle en augmentant notre exposition aux actions des pays émergents. Comme mentionné précédemment, cela nous permet de diversifier un peu plus notre allocation vers cette classe d’actifs. Pour cela, nous avons investi via un ETF qui suit la performance d’une sélection d’actions dites « value » (des actions considérées comme bon marché) des pays émergents. Cet ETF est particulièrement exposé à la Chine (35%), à la Corée du Sud (16%) et à Taïwan (16%). Cet achat a été réalisé en utilisant les liquidités disponibles, ce qui nous permet de positionner notre portefeuille légèrement au‑dessus de notre allocation-cible sur les pays émergents.
Dans notre recherche d’émetteurs de qualité pour notre portefeuille obligataire, nous avons récemment ajouté la société américaine Moody’s. Acteur majeur du secteur financier, notamment pour ses « ratings de crédit » évaluant la santé financière des entreprises dans le monde, Moody’s a retenu notre attention grâce à la solidité et la croissance de son activité, ainsi qu’à la qualité de son bilan. La structure de sa dette est solide, et plusieurs obligations avec des échéances de 5 à 6 ans nous permettent d’obtenir des rendements supérieurs au marché, tout en prenant un risque de crédit limité.
Perspectives et points d’attention
- La politique monétaire aux États-Unis
- L’impact des tarifs douaniers sur les bénéfices des entreprises
- La formation du gouvernement français
- La fragilité des marchés actions
- Les spreads de crédit pour les obligations d’entreprises
Julien Decraecker - Chief Investment Officer
01/10/2025