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L'objectif de cours de l'analyste sell-side: boussole ou piège ?
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Temps de lecture: 3 minutes
Si vous suivez les médias financiers, vous l’avez sans doute déjà croisé : l’objectif de cours. « La banque X relève l’objectif de cours de l’action Y à 180 € avec une recommandation d’achat. » Dans un monde de bruits de marché, un chiffre aussi concret peut sembler rassurant. Il offre une référence, suggère une précision et dégage une impression de confiance. Pourtant, derrière ce chiffre se cache une réalité complexe que tout investisseur devrait comprendre avant de s’y fier aveuglément.
Les deux courants : les analystes sell-side et buy-side
Tous les analystes ne se valent pas. Il existe une distinction fondamentale entre deux types d’analystes, chacun fonctionnant selon une logique différente.
Les analystes sell-side sont généralement rattachés à de grandes banques d’affaires. Ils publient des rapports de recherche contenant des recommandations d’investissement et des objectifs de cours, principalement destinés aux investisseurs institutionnels. Les banques d’affaires pour lesquelles travaillent ces analystes accompagnent souvent également des introductions en bourse, des émissions obligataires ou des opérations de fusion-acquisition pour ces mêmes entreprises qu’elles analysent. Un rapport trop critique peut donc aller à l’encontre des intérêts commerciaux de leur propre employeur. Cela crée une tension inhérente entre indépendance et intérêts commerciaux.
Les analystes buy-side, en revanche, travaillent pour des gestionnaires de fonds, des sociétés de gestion patrimoniale ou des sociétés de bourse, comme par exemple Leleux Associated Brokers. Leurs analyses ne sont généralement pas destinées à être publiées, mais servent plutôt à la prise de décision interne : quelles actions acheter ou vendre pour les portefeuilles de leurs clients ? Leur seul intérêt est la performance de ces portefeuilles. Il n’existe aucune relation commerciale avec l’entreprise analysée. L’analyste buy-side peut donc écrire ce qu’il pense réellement, même si son opinion est négative.
Cela ne signifie pas que la recherche sell-side soit sans valeur, bien au contraire. Les bons analystes connaissent leur secteur en profondeur, construisent des modèles financiers détaillés et suivent de très près les évolutions macroéconomiques. Leurs rapports constituent donc souvent un point de départ pour une analyse plus approfondie.
Les pièges structurels du métier
Ce conflit d’intérêts inhérent a pour conséquence que le pourcentage de recommandations « achat » émises par les grandes banques d’affaires est structurellement beaucoup plus élevé que celui des recommandations « vente ». Il est rare que plus de 5 à 10% de l’ensemble des recommandations soient négatives, tandis qu’en moyenne 75% des analystes émettent une recommandation positive sur une action. Mais si chaque analyste ne juge négativement qu’une action sur dix en moyenne, une question se pose : cela reflète-t-il réellement la réalité du marché, ou plutôt les limites du système ?
À cela s’ajoute le fait que les objectifs de cours évoluent souvent davantage avec le cours de bourse qu’ils ne le prédisent, un phénomène que les chercheurs appellent le « biais d’ancrage ».
Un objectif de cours est par ailleurs le résultat d’un modèle de valorisation rempli d’hypothèses : taux de croissance, marge bénéficiaire, taux d’actualisation, multiples sectoriels… Une légère modification d’un seul paramètre peut faire varier l’objectif de cours de plusieurs dizaines de pourcents, sans qu’aucun élément fondamental de l’entreprise n’ait changé.
En outre, l’horizon temporel de douze mois est arbitraire. De nombreux critères fondamentaux de valorisation se déploient sur plusieurs années, et non sur quelques trimestres. Le fait qu’un objectif de cours ne soit pas atteint à court terme ne dit donc pas grand-chose, en soi, de la qualité intrinsèque de l’investissement sous-jacent.
Que vaut encore un objectif de cours ?
Considérez un objectif de cours comme un point de donnée parmi beaucoup d’autres, et non comme une vérité objective. Ce qui compte, c’est le raisonnement qui se cache derrière le chiffre : quelles hypothèses sont formulées, comment la valorisation est-elle justifiée, et dans quelle mesure ce raisonnement diffère-t-il du consensus ?
Il est également intéressant de comparer plusieurs analystes : une forte divergence entre les objectifs de cours d’une même action révèle souvent une véritable incertitude, et cette incertitude constitue en soi une information précieuse.
Tout cela ne signifie pas que vous devez ignorer les rapports d’analystes. Une recherche de qualité apporte un contexte utile, une compréhension sectorielle et des fondements financiers qu’il est difficile de reproduire soi-même en tant qu’investisseur individuel. Ces rapports constituent d’excellents points de départ pour votre propre analyse.
L’investisseur comme responsable final
Utilisez donc les rapports d’analystes pour ce qu’ils sont : des outils utiles, mais limités. Lisez le raisonnement, remettez en question les hypothèses et consignez votre propre décision par écrit. Cela vous oblige à être clair et vous sert de point d’ancrage lorsque le marché met votre patience à l’épreuve.
Les analystes sell-side apportent indéniablement une connaissance précieuse. Leurs objectifs de cours ne sont toutefois pas des prévisions neutres. Considérez-les comme une boussole qui vous indique une direction, mais le chemin, lui, reste à parcourir par vous-même.
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Maxim Van Loocke
Analyste Financier